Vorador : La Grande Croisade

ompilée par Monseigneur Glarafel

Tirée des épîtres et textes recueillis dans la grande bibliothèque de l'abbaye de St-Abelle et de l'Université de Kintzheim.

« L'homme change le monde au jour le jour, Dieu le touche pour toujours.»

- Le Prophète, 3, 24

La Grande Croisade est certainement l'épopée la plus citée dans les chants religieux. Événement symbolique, preuve de la foi des fidèles, elle mit fin à la guerre bicentenaire qui opposait l'Empire et le monde de Nasgaroth dans les années 300 à 500, sortant ainsi l'Empire de sa période noire. De grandes batailles jusqu'au centre de Nasgaroth et d'immenses sacrifices de la part des deux parties en conflit ont marqué cette époque. Bien que les historiens étendent cette période aux trois années de bataille (509-512)1, il est important de préciser que cette croisade débute en fait avec la naissance du jeune prince Vorador, frère cadet de l'Empereur Polignac. Grand chef d'orchestre du remaniement religieux et de la Croisade, Vorador va, en mettant fin à la guerre, permettre à son frère d'être la grand bâtisseur que l'histoire nous révèle.

Vorador (488-512)2 était, dans son jeune âge, un prince attentif et avide de savoir. Son père se réjouissait déjà du futur rôle de son plus jeune fils : conseiller politique et militaire du futur Empereur, Polignac 1er. Mais le jeune prince était souvent tourmenté par des rêves étranges, rêves qui, on l'apprit plus tard3, étaient en fait des révélations divines. Un avenir prometteur couvrait déjà cette génération impériale.

Peu après l'ascension au pouvoir du jeune Polignac suite au décès de son père, Vorador, alors âgé de quatorze hivers, dû fuir le palais impérial. Ayant des inclinaisons politiques et religieuses différentes de celles des deux conseillers actuels, et son frère n'ayant pas encore tout le pouvoir d'un vrai Empereur, Vorador dû se résigner à fuir le siège de l'Empire en solitaire. Il faut dire que depuis les trois Inquisitions, dont la plus célèbre (la Seconde) fit brûler vif le très controversé Demistophocle4, le conseiller religieux possédait main basse sur tout les aspects spirituels de l'Empire. L'Empereur aida donc son frère à partir de la cour et commença à établir son futur pouvoir.

 

La rencontre du Prophète

« Lorsque les chemins se croisent, la bonne direction est toujours celle que l'on prend car elle est celle guidée par Dieu »

- Nupe Le Preux

Le jeune prince se réfugia en Altdorf, ou du moins les territoires qui forment aujourd'hui la province impériale d'Altdorf. Il se retrouva chez le duc d'Artoisard, un parent éloigné de la famille impériale. Pendant son séjour, il fit la connaissance de deux jeunes nobles de la région aussi de passage chez le duc, Nupe d'Haldorf et Segura5. Après un certain séjour, Vorador et ses deux amis décidèrent de parcourir le monde en tant qu'aventuriers. Ils errèrent pendant plusieurs temps dans les contrées de l'Empire, n'ayant pour but que de combler leur soif d'aventure et de subsister de cette force secrète qui anime la jeunesse.

 

Un des points tournants pour le jeune prince et ses compagnons se révéla quelques temps après leur départ d'Altdorf dans le nord du fief impérial dénommé actuellement Turenne en Kintzheim. Vagabondant, les jeunes hommes se retrouvèrent sur le bord d'un lac pour passer la nuit. Il est à noter que cette région ne se trouve en aucun point connus sur les cartes de la région6. Or, c'est à cet endroit précis que L'Apparition eu lieu. Après une veillée bien honorée, Vorador prit le premier tour de garde. Alors qu'il somnolait, il entendit un doux chant émanant de par delà des taillis. Croyant au effets de la soirée, Vorador alla tout de même choir un regard au travers du fouillis de végétation. À son plus grand étonnement, il vit, sous le clair de lune qui était d'une étrange intensité cette nuit là, une lance gisant sur un îlot rocheux à proximité de la berge. Cette lance, brillante et étincelante dans la nuit, attira tout de suite l'attention de Vorador. Lorsqu'il tenta d'approcher des rochers par les eaux, il cru apercevoir une jeune dame à la place du reflet de la lune7. Lorsqu'il rassembla assez de courage pour enfin prendre la lance dans ses mains, il sentit comme une force l'envahir, une force qui lui demandait d'accomplir une grandeur inachevée. Lorsqu'il retourna au camp, il trouva ses deux amis en conversation avec un étrange moine, revêtu d'une simple toge blanche.

Le moine se présenta lui même comme étant « Le Messager ». D'allure mystérieuse et d'âge incertain, il parla longuement avec les trois nobles. Il leur apprit notamment que la lance n'était nulle autre que la lance du défunt Empereur Notger, mort au cours de la célèbre Bataille des Mille Piques deux siècles auparavant. Gardée par les serviteurs de Dieu, elle aurait été placée à coté de la tombe de l'Empereur lorsqu'il aurait été porté à son dernier repos (par le général Léonis lui-même selon certains). Quelques dires racontaient aussi que la femme de l'Empereur, l'impératrice Abelle, se rendait souvent à la tombe de son mari, pleurant son époux bien des années après sa mort8. Le Prophète leur dit qu'ils devaient accomplir la tâche que l'Empereur Notger n'avait pu mener à terme, soit de repousser les hérétiques jusqu'aux portes de l'enfer. Le groupe décida qu'il devait en être ainsi et jurèrent sur la Lance et devant Dieu qu'ils accompliraient cette tâche quel qu'en soit le coût. C'est ainsi que la Grande Croisade débuta.

Les compagnons partirent rassembler les gens sous leur nouvelle idéologie, voyageant de fief en fief, de province en province, étalant le savoir et le nouvel ordre théologique9. Plusieurs jeunes nobles de puissantes familles de l'Empire se joignirent à leur suite. Lorsque le frère cadet de l'Empereur remis les pieds dans la capitale impériale à l'été de l'an 508, il était à la tête de près de 300 nobles et de plus de 25 000 soldats.

Seconde partie

Le prince et l'Empereur

« L'accomplissement est chose des grands hommes »

- Polignac 1er

Au retour de son frère, sept ans après son départ, l'Empereur l'accueillit chaleureusement. Mais Vorador avait bien changé : il n'était plus un enfant naïf mais un homme, un prince avec ses vassaux et arborant un nouveau blason : un poing levé en défiance aux infidèles. L'Empereur, ayant déjà fait le ménage parmi ses conseillers, implora son frère de prendre la place qu'il lui revenait. Mais Vorador refusa, et après avoir passé l'hiver dans la capitale, il mit en marche sa croisade; détruire les elfes noirs et pourfendre le mal à jamais. Son frère lui prêta plusieurs contingents de soldats et voulu aussi envoyer la Garde Impériale, mais le jeune prince refusa, prétextant qu'elle devait servir l'Empereur, et jamais d'autres desseins. C'est ainsi qu'un jour d'hiver de 509, Kintzheim vit partir 40 000 braves fidèles marchant vers le nord pour la plus grande gloire de Dieu.

Le premier pas

Près de 10 000 nouveaux hommes d'armes sous le commandement du Duc Bohémond10 rejoignirent les croisés aux limites d'Insbruck et de Dalabheim avant la percée en territoire païen. Il fut convenu que les terres et les gains de la croisade seraient distribués également entre les nobles. Bien que seule la richesse spirituelle serait acquise au combat, les redevances ne devaient pas être soumises à perte. Ainsi fut signée l'entente, et les croisés marchèrent vers leur premier combats d'envergure en terres ennemies, la prise de Soloth An.

 

Soloth An était en ce temps (et est toujours) la plus grande ville de la région de d'Harganeth. La capitale et sa région englobe une grande partie de la province. Elle fut donc un des objectifs primaux de Vorador, car établir une tête de pont en pays ennemi était vital pour ne pas briser les lignes d'approvisionnement. La ville était une véritable forteresse. Entourée de hautes fortifications et de huit immenses tours, elle pouvait résister à plusieurs mois de siège. Cependant, le prince Amdark'Nel était à l'extérieur de la capitale lors de l'arrivée des croisés au milieu de l'automne. Dénudée de ses meilleurs guerriers et mal préparée à soutenir un long siège, la ville se rendit vite après que Segura et quelques soldats firent une brèche dans les murailles et réussirent à ouvrir les portes de la ville. Ce fut une grande victoire pour les croisés, qui n'ayant subi que des pertes très minimes, se sentaient bénis de Dieu.

La Bataille de Reiss

« La porte du combat est comme le seuil du paradis, on doit y passer la tête haute.»

- Segura L'Immortel

Peu de jours après la prise de Soloth An, Vorador reprit la route avec ses troupes, ne laissant qu'une garnison minime pour protéger la ville et par le même fait les voies de ravitaillement. Bohémond fut nommé Seigneur des terres et resta avec la moitié des ses hommes. Cet assignement, en plus de lui éviter plusieurs combats sanglants, lui permit de retourner dans ses terres, riche et glorieux, à la fin de la croisade11.

Vorador et ses vassaux décidèrent alors de diviser les troupes en deux armées, voyageant les deux dans la même direction mais distantes de quelques lieux pour permettre au éclaireurs de fourrager plus efficacement, l'approvisionnement en milieu ennemi étant plus difficile. Vorador prit une colonne, l'autre fut mise sous le commandement du Seigneur Ethiore, un cousin de la famille royale12.

Amdark'Nel eut rapidement vent de la perte de sa ville. Furieux, il organisa son armée et se jura d'exterminer les croisés jusqu'au dernier. Il demanda même l'aide au prince Birknel'el Morath de Nasgaroth. Celui-ci, préoccupé par cette attaque soudaine et décidé d'en finir avec les humains d'outre Nasgaroth, envoya un fort contingent. C'est donc plus de 60 000 elfes noirs, hommes et bêtes qui encerclèrent la division d'Ethiore durant un jour d'été, connu subséquemment comme le Jour des Deux Surprises.

Ayant campé sur le bord d'une des rares rivières de ces contrées inhospitalières, Ethiore n'eu vent de l'armée ennemie qui s'approchait que quelques temps avant le lever du soleil. N'ayant pas le terrain à son avantage, il décida de former une ligne de défense et d'attendre la division de Vorador. Les elfes noirs et l'armée d'Ethiore combattirent pendant plusieurs heures, mais les croisés, étant désavantagés par le nombre, tombaient peu à peu sous les flèches ennemis. Quelques nobles, ne pouvant soutenir de voir mourir leurs hommes, brisèrent la ligne et foncèrent vers l'ennemi avec leurs soldats. Impa duc de Siense fut le premier. Comme les autres qui le suivirent, on ne le revit plus jamais.

Vers la fin de l'après midi, alors qu'Ethiore commençait à désespérer et qu'il allait ordonner une dernière charge pour la gloire de l'Empire et le salut de leurs âmes, des cris retentirent sur le flanc droit des elfes noirs. Les troupes amies étaient enfin arrivées. Segura et sa suite de chevaliers percèrent les lignes maléfiques avec une ardeur divine, rejoignirent le centre de la bataille et la firent tourner à leur avantage13. Le soir venu, il ne restait plus que quelques membres de l'armée d'elfes noirs, pourchassés par des croisés avides de venger les amis perdus. Le bilan était désastreux : plus du tiers des croisés était tombés pour la gloire de Dieu. Néanmoins, les elfes avaient perdu encore bien plus: n'ayant plus d'opposition en Harganeth, et Nasgaroth ayant perdu la majorité des ses soldats, la voie était maintenant libre jusqu'à la capitale Marthomasse en Tolimarth. Dieu, dans Sa bonté suprême, avait tourné la guerre à Son avantage.

« La voie est libre pour élever la gloire de Dieu. Allons amis, la croisée des chemins n'est plus, il ne reste que cette ligne que nous devons franchir et détruire les ennemis de Dieu.»

- Nupe le Preux, conseil des seigneurs après la victoire de Reiss.

Tierce partie

Le siège de Marthomasse

« Nous ne sommes que chair et os, et non des anges après tout.»

- Vorador

Vers l'aube de l'été 511, Zardok, Nasgaroth et Harganeth n'appartenaient plus au royaume des elfes. Ce fut l'avancée la plus glorieuse en terre elfe noire menée par des hommes et également la plus cuisante défaite que connu le royaume de Nasgaroth. Retranchée dans son palais au cœur de la Cité Interdite, la Reine Malika savait pourtant qu'elle bénéficiait d'un allié puissant, le temps.

Voyant les esprits de ses troupes refroidir et la menace de l'arrivée prochaine du prince Zidam'Aman14, Vorador convit ses vassaux un jour d'hiver 512. Il fut convenu que le siège devait se terminer au plus vite. Ils élaborèrent un plan qui devait mettre fin à cette attente et leur apporter la victoire. Feignant dès l'aube une attaque par le côté est avec la totalité des archers et des catapultes, le gros de l'armée attaquerait le mur ouest au coup de midi. Par la gloire de Dieu les croisés firent finalement une ouverture dans la muraille de la capitale vers le milieu de l'après-midi. Une frénésie surnaturelle s'empara alors de la force attaquante. Les croisés commencèrent à pourfendre les hérétiques de la ville, à détruire le bastion des forces occultes. Vorador, en tête de ligne, avançait implacablement vers le palais, pourfendant tous les obstacles. La garde royale des elfes noirs formait la dernière ligne devant la porte du palais, espérant ralentir l'avancée dévastatrice des croisés. La bataille avait atteint son apogée ; c'est alors la Reine Malika apparut au balcon, majestueuse et calme, jonglant avec les 11 Pierres de Lune. La reine Malika invoqua un sort qui n'avais jamais eu d'égal dans toute l'histoire connue de l'humanité. Sa puissance était telle qu'elle dû puiser dans la magie des Pierres. Sous la force du choc, l'une des Pierres éclata en morceaux et deux d'entre elles disparurent tout simplement. Les autres échappèrent aux mains de la reine et tombèrent sur le sol, provoquant un terrible tremblement de terre: le maléfice était lancé15.

Les effets du maléfice furent immédiats : les croisés furent pris de terreur alors que tout autour d'eux, plusieurs compagnons tombaient morts. Pris de panique, ils commencèrent à déserter la Cité Interdite.

Dans la confusion, Vorador fut atteint par les traits des arbalétriers sombres; il n'était plus en mesure de lutter. Lorsqu'un soldat elfe noir l'attaqua de dos, il n'eut pas la force de parer l'attaque et fût atteint mortellement. À son compagnon Nupe qui l'avait rejoint pour lui porter secours, il confia son désir de voir les croisés retourner dans leur terres mais en gardant les principes religieux dictés par Dieu et expira. Nupe ne pu que prendre le médaillon (contenant le blason de la famille impériale) et la croix de Vorador avant de fuir l'avancée de la garde royale elfe, laissant son ami et seigneur ainsi que la Sainte Lance derrière lui. Certains pourraient croire qu'il était lâche de sa part de laisser Vorador à un tel sort mais il n'en est rien : il se devait de raconter au monde ce qu'il était advenu de son seigneur. Les croisés finirent par retourner dans leurs terres et c'est ainsi se termina la Grande Croisade

« Si proche du but, mais en même temps si loin »

- Nupe le Pieux

 

Le cas du Messager est plus nébuleux. Certains racontent qu'il n'aurait pas été affecté par le maléfice. D'autres disent qu'il aurait traversé la ville en feu pour disparaître dans les terres. Nul autre apparence est relatée. Serait-il mort, se serait-il enfui seul, ou a t'il tout simplement disparu. Des recherches historiques plus approfondies ainsi que des thèses théologiques seraient probablement nécessaires pour établir une certitude dans ce sujet.

Épilogue

Le royaume de Nasgaroth vit les croisés repartir en pillant et en brûlant tout sur leur chemin. Peu d'écrits disponibles relatent la situation du royaume elfe noir après le départ des croisés, rendant une évaluation de perspective difficile. L'Empire et les royaumes du sud par contre avaient perdu plusieurs braves âmes, privant ainsi Dieu et les hommes de leur présence. L'Empereur put néanmoins redresser l'Empire et commencer à penser au futur. Il fit la paix avec le royaume des elfes noirs; les deux puissances ayant déjà trop perdu pour continuer à se battre. La paix revenue, l'Empire allait pouvoir s'étendre de nouveau et grandir sous la gouverne de Polignac 1er. Les dernières volontés de Vorador furent respectées et un monument fut érigé dans la place centrale de la Capitale impériale; rappelant à tous l'héroïsme de cette époque et la grandeur de Dieu.

14) Zidam'Aman était Seigneur de la province d'Än Amän.

15) Quelques écrits racontent que les Pierres de Lune seraient revenues à leur brillance originelle quelques décennies plus tard. Des deux disparues, une a été retrouvée par le prince Morath. L'autre, dit on, serait la possession de la famille de Nupe. De telle rumeurs sont absurdes car un tel trésor ne peut être tenu aux secret si longtemps, quoique...

ArchivesVers Niveau PrécédentArchives
Retour vers Portail
Bibliographie

webmestre@bicolline.org

©Bicolline 2002-2008

Aide

Section mise à jour le 11 octobre 2008