Le Conseil de Guerre de Gorghor Baey par Caius Brutus Bubonius

rutus se dirigeait vers le campement de Gorghor Baey où il était attendu. La nuit était noire et humide, l'air rempli d'un épais brouillard. Il passa entre les gardes sans s'arrêter et s'introduisit dans la chambre de conseil du maître de la Horde.

« Ahhh! Brutus... enfin ! Vous êtes en retard ! » s'exclama Gorghor avant de retourner son attention sur le modèle réduit des environs de la forteresse de Pamoise.

D'un coup, Brutus se rendit compte de l'énorme travail qui attendait la Horde et ses alliés. Près de 26 guildes étaient représentées par leur chef ou un représentant. Il fallait unir toutes ces voix si différentes en un seul chant, celui du guerrier qui, hurlant, plante sa hache dans le front de son ennemi pour ensuite le décapiter et planter sa tête sur une pique!

Attendant son tour pour parler, il écoutait les remarques des hommes autour de la table et sondait tranquillement le caractère des personnes qui prenaient la parole. Qui parlait le plus souvent, celui qui disait le plus de bêtises, ceux dont les remarques étaient sensées et des plus pratiques. Puis il prit la parole:

« Avant tout, il nous faut oublier les guildes auxquelles nous appartenons. Il y a trop de chefs et cela ne peut que nous nuire. Il nous faut une unité de commandement. C'est la seule manière d'espérer rivaliser et battre notre ennemi. 3 chefs: un pour le centre avec les 250 lourds(50 plaques+ 200 cottes de maille) , un autre pour l'aile droite et un autre pour l'aile gauche.»

Les chefs échangèrent quelques paroles et puis Herménégil proposa Brutus comme chef du centre, ce qui plût énormément à ce dernier. Gorghor entérina la proposition et pris le commandement de l'aile gauche. Puisque l'Alliance Celtique composait la majeure partie de l'aile droite, Ogre MacRaft prit le commandement de celle-ci. Brutus forma une réserve d'une centaine d'hommes commandée par les Cordélians Vorgrimm et Ramirez. Ged le Faucon tenait la gauche du centre tandis qu'Herménégil de la Flamme noire tenait la droite. La Légion et les Lambertrand furent formés en carré comme unité d'assaut. Une fois le déploiement décidé, les discussions concernèrent l'attaque du convoi. Quelles étaient les forces que nous devions attaquer, comment elles étaient équipées, quelles étaient leurs tactiques (sur ce point Raya fut très utile) et surtout quelles étaient leurs options. Le positionnement des troupes fut tout de suite évident pour Brutus qui calmement expliqua à Gorghor les raisons de ses choix.

« La seule chance qu'ils ont pour ce convoi est de passer par la plaine. Mettre tous leurs lourds dans un grand rectangle (200-300 hommes) et de les faire avancer sur notre centre tandis que les charrettes passent rapidement par la route avec une escorte d'une centaine de mi-lourds et de légers (100-200 hommes). Ils ont l'expérience de leur côté et une charge violente de leur part pourrait ébranler voir casser nos rangs. Dans ce cas notre centre n'a qu'à tenir pendant que les 2 ailes se rabattent sur leurs flancs et que notre réserve va arrêter le convois devant le village abandonné. Si au contraire, ils préfèrent se concentrer sur la route, ils se retrouveront automatiquement pris dans une souricière dont ils ne sortiront pas. Ça sera dans tous les cas la pire défaite tactique qu'auront soufferts les guildes de Brabancourt et de La Rédemption depuis bien des années...»

Caius Brutus Bubonius

ANNOTATIONS DU GRAND ARCHIVISTE ROYAL: Ayant pu recueillir les témoignages d'individus présents à cette rencontre, il semble que les préparatifs de combat pour l'attaque du convoi de Pamoise et l'assaut de la forteresse se soient déroulés comme Brutus le présente. Incidemment, il apparaît aussi que l'attaque du convoi se soit déroulée telle que Brutus l'avait prédit.

 

Chronique de la Grande Bataille de Bicolline de l'an Mil par Mycarion, scribe-voyageur, diplomate et chroniqueur

ar une nuit sans lune et sans étoile, près de campements humains où mille feux lançaient leur invitation singulière, trois silhouettes avançaient en silence. Dispersant la brume épaisse d’un pas feutré, deux promeneurs venaient consulter l’oracle.

L’homme venu du nord et qui ouvrait la marche se nommait Frankstein, dit le Fendeur. Guerrier à ses heures, il possédait aussi le don de la voyance et savait dire le secret des runes. Il était suivi de la belle Arianna, de Brabancourt et de Mycarion, scribe-voyageur. N’ayant que deux sièges, qu’il réservait pour ses invités, l’homme nordique vêtu d’un long mantel fourré de poils aux épaules, les invita à s’asseoir. S’installant sur l’herbe mouillée, il plongea la main dans un sac attaché à sa gauche et en sortit des plaquettes de bois qu’il disposa sur une table basse. Après les avoir patiemment retournées, il leva les yeux sur les consultants et les invita à poser leurs questions.

- “ Quelle sera l’issue du combat de demain ”, demanda Mycarion.

Craignant pour sa vie et conscient que l’affrontement prochain serait sans merci, le scribe espérait y recevoir un signe de réconfort qui lui donnerait la force de se présenter au combat. Il attendit la réponse en silence, de peur de troubler le tireur de runes par un mot précipité.

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Le prince Nakkan Ossan de Jabba Hal avait réussi à convaincre le cruel et redouté Gorghor Baey de l’assister dans sa tentative d’invasion du royaume d’Arganne. Comprenant l’importance et les multiples bienfaits qu’une telle conquête lui assurerait, le prince ouvrit généreusement sa bourse - et son harem - afin de compter parmi ses alliés le groupe de mercenaires le plus craint du monde de Bicolline.

Se postant aux abords du fleuve Bonaguil, situé au Nord du royaume d’Arganne, les troupes de Gorghor mirent peu de temps à transformer ces lieux calmes et sereins en une plaine infertile et désolée. Affichant un mépris profond pour les villageois du lieu, ils agirent en rois et maîtres de ces contrées. Réduisant au silence toute résistance armée par un massacre en règle des hommes de combat, se livrant au viol des femmes et du bétail, volant tout ce qui avait quelque valeur et détruisant ce qui n’en avait pas, boutant le feu aux habitations vidées de leurs richesses, polluant les cours d’eau et brûlant les champs agricoles, ils forcèrent l’exil du peuple en un endroit plus clément. Cette attitude impunie eut tôt fait d’attirer de multiples mercenaires, tout aussi dénués de scrupules qu’eux, venus des quatre coins du continent afin de se joindre à l’envahisseur et de gonfler leur nombre.

Car la mission de Gorghor Baey était double.

La conquête du fort de Pamoise - étant certainement le désir ultime du prince Ossan, ce qui lui assurerait un avantage militaire prépondérant sur la suite des opérations - ne lui suffisait pas. Il exigea aussi de Gorghor, cet ogre sans scrupule et dénué de toute compassion, qu’il purifie le royaume en le nettoyant des souillures qui l’habitent.

Les survivants du lieu, terrorisés par ces envahisseurs sanguinaires, n’eurent d’autres choix que de chercher refuge au royaume d’Andore.

 

Tout autour de l’armée de McAllister se dressaient des hallebardiers frappant avec rage les hommes du général. Venant les appuyer, les troupes légères de Gorghor, relevées de l’arrière-garde par les hommes de Brutus, apportèrent à la lourde charge un élément de rapidité. Les protecteurs du convoi tentèrent, tant bien que mal, de retenir la charge mais on sentait que leur souffle se faisait plus lourd, que l’espoir les quittait.

Dans la frénésie du combat, des hommes de la garde personnelle du rustre Baey tentèrent, avec force et rage, d’emmener une des charrettes hors du défilé. Bloqués par les cadavres, ils ragèrent tels des chiens afin d’en dégager les roues. Mais dans leur fougue, ils ne virent pas qu’ils broyaient les os de combattants meurtris et agonisants. Mais Gorghor avait vu. Le Roi des chiens, qui avait placé une fleur aux reflets bleutés dans sa toque rougie du sang de ses victimes, avait vu. Non pas que des mourants avaient été piétinés, non, mais que la manœuvre de ses hommes venaient de détruire cinquante flèches ainsi que de fendre un bouclier. Cet événement sembla faire jaillir une hargne nouvelle dans le coeur de Gorghor. Relevant son arme, il fonça contre l’ennemi. Cette nouvelle attaque portée en première ligne par leur chef fit écho sur ses hommes. L’attaque s’en trouva grandit et la pression exercée par les troupes du Chien Sanguinaire se révéla définitive.

Les cadavres se multipliaient rendant impossible toute progression du convoi. Les troupes de McAllister étaient cernées et n’avaient d’autre choix que de retarder l’inévitable défaite avec toute l’énergie du désespoir. L’affrontement tirait à sa fin. Sentant leur victoire proche, les assaillants redoublèrent d’ardeur et lancèrent une ultime charge. Trébuchant sur les corps inertes, appuyés par leurs archers, les hommes de Gorghor frappèrent tel un étau. S’en était fait du convoi. Les cinq autres charrettes, ainsi que la totalité de ce qu’elles contenaient, passèrent aux mains des assaillants. Pamoise ne serait pas ravitaillée.

Des cris de victoire s’élevèrent jusqu’au ciel et le nom de Gorghor Baey fut porté jusqu’aux nuées. Se mêlant à ces cris de joies, les vainqueurs saluèrent également leurs stratèges en les personnes de Brutus, de la légion infernale ainsi que de Ged le faucon, des mages monochromes.

Vers la fin du combat, comme pour nettoyer tout ce charnier, une fine pluie, rafraîchissante et douce, tomba sur le sol ensanglanté. Des légions de corbeaux tourbillonnaient au-dessus du défilé attendant que les vivants s’éloignent et abandonnent derrière eux ce funeste banquet.

Aussi loin que l’oeil pouvait porter, ce n’était que cadavres aux plaies béantes. Rapidement attirés par l’odeur pestilentielle de ce lieu désolé, des essaims de mouches injuriaient l’oreille de leurs bourdonnements affairés. Le spectacle était gris. Les nombreuses victimes, jadis ennemis, s’embrassaient maintenant dans la mort, rappelant à l’esprit que dans la guerre, nul n’est véritablement vainqueur. Sinon la guerre elle-même ainsi que ses filles ; la mort et la désolation.

Aussi loin que l’oeil pouvait porter, ce n’était que cadavres aux plaies béantes. Parmi ces cadavres, des visages connus, jadis fiers et bien portants. Ainsi en était-il du général Machiavel, jambes et bras sectionnés ; de Rossano Montoya, transpercé par une flèche en plein coeur ; du seigneur Amendril, le corps couvert de flèches tel un hérisson ; du seigneur Henrick tué par le frère Dominique ; de Grendel, d’Oupir et de combien d’autres...

Au terme d’un tel affrontement, le coeur est habité par le désespoir et si ce n’était du réconfort d’un sourire radieux - tel celui qu’Hubert affichait une fois remis de sa cuite légendaire – la mémoire d’un tel souvenir affligerait la vie d’un poids trop lourd.

Mais ressaisies-toi, coeur sensible à la souffrance, car le plus dur reste à venir.

Les armées de Gorghor Baey préparent déjà l’assaut du fort.

Dernier bastion pour le maintien du royaume d’Arganne, Pamoise était en pleine effervescence. La nouvelle de la perte des chariots, au profit de l’ennemi, fut durement accueillie par ses occupants. Toujours en mouvement, Armand McAllister invita les chefs des autres clans alliés à une révision complète de la défense du fort. Au devant de chacune des six portes que comprenait le bâtiment, un groupe était chargé d’en protéger toute percée. Le mandat était grave car l’ennemi nombreux.

Au devant des murs, sur la plaine faisant face au fort, se dressait l’assaillant. Les timides percées de soleil étincelaient sur leurs multiples armures. Impatients, les hommes attendaient que l’ordre de la charge soit donné. Parmi leurs rangs, on voyait s’élever des armes de sièges redoutables : un abri à bélier, une tour d’archers, des trébuchets ainsi que des balistes. Des créatures aux allures monstrueuses trépignaient sur place. La veille du combat, l’Alliance Celtique avait invoqué les forces occultes. De cette invocation était apparut Hurn, une entité résultant du croisement d’un humain et d’un bouc. Fortement irrité par la pollution des lieux qu’avait engendré ce rassemblement guerrier, Hurn allait participer au combat afin d’enrayer, autant qu’il le pourrait, la cause de cette nouvelle pollution. Tout son être criait vengeance.

L’affrontement était imminent et promettait d’être sanglant.

Les archers appartenant aux forces de Castenza prirent place au haut des remparts de Pamoise. On assigna à chaque groupe un guérisseur et l’infanterie se posta au devant de la porte dont il avait la charge. Leurs chefs criaient les consignes du ton qui ne laisse aucune place à la réplique. Les canons furent chargés, les balistes tendues et les trébuchets alourdis. Le général McAllister se positionna sur les remparts surplombant l’entrée principale et attendit.

Toute attente parait interminable lorsque l’issue est incertaine. Dans le doute, le silence est de mise. L’intérieur du fort sembla un moment désert tant ses occupants étaient figés.

Mais l’attente fut de courte durée.

Les assiégés se tendirent brusquement. Au loin, par delà les murailles de bois, le cri sauvage de la charge venait d’être lancé. Bientôt déferla sur le fort des flots d’hommes en armes que supportaient les archers. Leur première cible fut les portes protégées par de lourdes pierres. Les hallebardiers repoussaient l’ennemi farouchement mais, très vite, les portes se trouvèrent dénuées de leur protection. Pendant ce temps, le gros des troupes de Gorghor s’avançaient lentement, installant leurs redoutables armes de sièges. Le souffle de l’ennemi était palpable. Les combattants, par crainte que le sombre manteau de la mort ne les recouvrent trop rapidement, agissaient avec prudence. Les forces s’étudiaient et attendaient que tout soit en place pour que débute véritablement l’affrontement. Rien n’était laissé au hasard car la providence ne montrerait pas le chemin du triomphe. Les forces ennemies étaient déterminées et la victoire ne pourrait être acquise que par la sueur, le sang et le courage.

Une fois l’assaillant installé, de part et d’autre, les engins de guerre rugirent. De lourds boulets de pierre percutèrent le sol en le crevassant tel une empreinte de géant. Bien que les archers, du haut des remparts, avertissent par un cri qu’un boulet s’apprêtait à franchir le fort, beaucoup de vaillants tombèrent broyés sous leur contact. Dans leur élan à détruire l’ennemi, certains boulets, mal lancés, s’effondraient sur les hommes de leur propre clan. De multiples flèches, invisibles, tant la concentration des guerriers était grande, couchaient de nombreuses victimes. Les guérisseurs, constamment sollicités, fournissaient avec peine et comme pour battre la mesure, les canons tonnaient de leur constante menace.

Le combat était bel et bien engagé.

 

Sous la pression des assaillants, les gonds flanchèrent rapidement. L’infanterie dut très tôt bloquer l’entrée à l’envahisseur. L’ennemi était aux portes et menaçait de rentrer. C’est alors que débuta une longue guerre de nerfs exigeant des fantassins une vigilance constante et sans faiblesse. Sans rien vouloir enlever de l’acharnement des archers et des hommes chargés de manoeuvrer les armes lourdes, qui cent fois coucha l’ennemi, celui-ci, rapidement protégé par une étanche muraille de boucliers, de par les soins prodigués par les guérisseurs, se relevait rapidement. Ainsi en fut-il de Gorghor Baey, écrasé par le tir des artificiers Urbain et Den, de la guilde Brabancourt, et de beaucoup d’autres. Sans rien vouloir enlever du mérite des archers postés du haut des murailles et d’en bas, le véritable combat, celui qui seul pouvait déterminer l’issue de cette guerre, se livrait aux portes.

Durant de longues heures, le clan de Castenza, de Brabancourt, du Pheonix, des Vand’Hal, de la Kabballe, de la Rédemption, du Salmarak et celui du Saint Ordre du Poing de Fer durent, au détriment de l’épuisement qui les guettaient sans cesse, résister et repousser l’ennemi.

Aucun de ces groupes ne flancha. A quelques reprises, des unités mobiles allèrent porter main forte au clan submergé par l’ennemi, mais aucun d’eux ne permit qu’il n’entrasse.

A un moment pourtant, il a semblé que la brèche tant attendue n’arrive enfin. L’offensive fut tentée sur la porte principale, défendue par Brabancourt et Castenza. Composée des hommes du clan de Lambertrand et appuyée par ceux de Dabertin et de Montfort, la charge fit reculer les défenseurs d’un pas. Boucliers contre piques, toute parcelle de terrain était gagnée au prix de nombreuses victimes. Mais les renforts tardèrent et les positions de défense reprirent. L’espoir de percer devait une fois de plus se reconstituer.

Mais l’armée de Gorghor se faisait toujours aussi menaçante. Toutes les portes étaient assaillies. Sans relâche, l’agresseur frappait, cruellement et sans gêne. Mais c’est du haut des remparts que provint la plus cruelle des attaques. Tout affairé qu’il était à tenter de forcer l’entrée défendue par les gens de Salmarak, l’ennemi ne vit pas qu’une marmite remplie d’huile bouillante allait être déversée sur lui. Celui qui n’a jamais assisté au sinistre spectacle d’un homme ébouillanté par de l’huile ne connaît pas le véritable visage de la souffrance. N’étant freiné que par très peu d’obstacles, ce liquide s’infiltre jusqu’aux endroits les plus sensibles du corps humain. Tout ce qu’il touche se transforme, par le biais d’un insoutenable processus d’assimilation, en un objet difforme et méconnaissable. Si par chance, la victime d’une telle offense n’en reçoit que quelques éclats, alors son corps n’en gardera qu’une vilaine cicatrice que l’esprit prendra des années à pardonner. Mais si le baiser de l’huile ébouillantée se fait plus large, alors la douleur se propage jusqu’à l’âme et le mutilé supplie la mort d’y mettre un terme. C’est le baptême par le feu et celui qui en survit est à jamais marqué par la douleur.

Or mes yeux ont vu les hommes brûlés. Des hommes se roulant au sol afin d’éteindre le feu qui les consumait. Mais le feu etait en eux et nul mouvement ne pouvait y mettre fin. Des hommes laissant échapper de leurs poumons un cri ne ressemblant à aucun autre. Le cri de celui qui ressent, par toutes les parcelles de son être, que la mort assiste avec joie au spectacle de l’insupportable réalité de la vie. Et qui attend, en riant, que cette vie le quitte. Personne ne mérite un tel supplice. Personne. Que tout oppresseur qui aime voir la souffrance chez ses victimes se brûle lui-même et il s’amendera. Nulle douleur n’est comparable à celle-la. Quelle tristesse de constater que le désir de vaincre n’est empli d’aucune compassion !

Et la lutte se poursuivait. Plus pour très longtemps. Car l’espoir avait quitté les troupes de Gorghor Baey. Aucune des charges n’avait permis d’entrer au fort et le temps commençait à manquer. La rumeur voulant qu’un fort contingent de cavaliers venant renforcer les troupes du royaume d’Arganne, se trouvait confirmée par un épais nuage de poussière visible a l’horizon. Le temps seulement pour une dernière tentative.

 

Les armées de Gorghor se rassemblèrent donc sur la plaine et discutèrent d’un plan. Pamoise était en attente. Leur capacité à repousser cette lancée, qui vraisemblablement serait la dernière, ferait jaillir sur eux fierté ou honte. Sans démontrer leur inquiétude, les chefs de clan affiliés à Castenza, répétèrent les consignes. Tous devaient tenir jusqu’à la mort.

Soudainement, sans crier gare, l’assaillant frappa. Les hommes affluèrent de toutes parts, tentant désespérément de réussir là où ils avaient échoué depuis le début du combat. Une pluie de flèches s’abattit partout sur le fort. Pour la première fois, l’ennemi était entré. Un monstre au visage de lion avait percé la muraille armée défendue par les Vand’hal et la Kabballe. Appuyant cet élan, inspiré par cette timide victoire, des hommes de Gorghor tentèrent, eux aussi, de se frayer un passage. Mais les hommes avaient repris leurs positions et repoussèrent une fois de plus l’agresseur. Le monstre tomba sous les coups acharnés d’étranges guerriers aux visages bariolés au moment même où les renforts arrivèrent.

Se livrant à une véritable chasse à l’homme, ces renforts dispersèrent rapidement l’ennemi. La victoire était acquise. Les chants de joie se multipliaient pendant que le général Armand McAllister, affichant un fier sourire, alla féliciter ses troupes...

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Afin d’en capter toute l’essence, Frankstein, du clan McRae, survola les runes de sa main droite. Après un moment, il en choisit une qu’il retourna devant nos yeux intrigués.

- “ Peorth ”, nous dit-il. “ Sa signification profonde est inconnue. Son dessin évoque pourtant un gobelet d’où sont lancés les dés. Elle représente un jeux de hasard et d’habileté. Elle est toutefois de bonne augure. Bref, ce sera une belle bagarre ! ”

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Le Fendeur avait vu juste. L’histoire nous montre que l’issue de toute bataille est rarement connue d’avance. Bien qu’à l’occasion le hasard, où la chance, glisse en faveur du côté d’un des opposants, la guerre restera à jamais une question de moyens où la bravoure peut souvent, à elle-seule, s’avérer l’arme la plus efficace.

Lorsque le brave sait manier l’arme, évidemment.

Parlez au frère Dominique. Demandez-lui ce qu’il s’est écrié lorsqu’un miroir encastré a fait une chute de 37 po. sans se casser. Il vous dira ainsi que le Fendeur l’a dit, que l’augure était bonne.

Ce fut une belle bagarre sur bien des points. Hormis quelques cicatrices bien réelles causées par de véritables pierres, je demeure toutefois convaincu que le seul véritable vainqueur de cette épreuve de force est la guerre elle-même. Une victoire de chaque côté en une cause commune : le jeu.

Ce jeu qui nous rassemble tous, une fois l’an, et nous permet de vivre ensemble une épopée mémorable, que des générations futures viendront partager avec nous.

Respectons ce jeu au-delà de la guerre. 

 

Car c’est bel et bien d’un jeu qu’il s’agit, où la guerre n’en demeure que la trame de fond. Ne permettons pas à cette guerre de nous aveugler. Rappelons-nous, qui que nous soyons - grand guerrier ou fier paysan, athée ou croyant, païen ou chrétien - qu’il appartient à chacun de nous de lutter contre la facilité de vaincre par le mensonge et de taire la frustration que peut engendrer la défaite. Luttons sans relâche afin qu’aucune des filles de la guerre ne puisse y naître. Afin que par cette guerre, il n’y ait qu’un seul vainqueur : le jeu lui-même !

Mycarion, scribe-voyageur.

ANNOTATIONS DU GRAND ARCHIVISTE ROYAL 

Cette chronique de la Grande Bataille de l'an Mil constitue probablement le récit le plus complet du déroulement de l'invasion de l'Arganne par les hommes de Gorghor Baey pour le compte du Prince Nakkan Ossan de Jabba Hal. Il rapporte d'ailleurs avec beaucoup de sensibilité les rigueurs de la guerre. Cependant, la version de l'histoire rapportée est une description quelque peu teintée de la vision véhiculée par le Roi de l'Arganne, Léotaut 1er, et des hommes qu'il avait engagé pour se défendre. Voici quelques correctifs à apporter au récit:

I) Il semble que contre toute attente, le redoutable Gorghor Baey ne se soit pas adonné à des exactions sur le peuple de l'Arganne. Dans les mois précédant l'attaque de Pamoisard, ses mercenaires empêchèrent les convois marchands d'entrer en Arganne, mais ne s'attaquèrent pas aux populaces locales. De leur propre aveu, les hommes de Gorghor Baey auraient rapporté être liés par le contrat avec le Sultan à «conserver la population intacte». Il est probable que Gorghor ait respecté cette clause du contrat puisqu'il semble que des paysans se soient joints à lui lors de l'attaque de Pamoisard. Ainsi, le passage sur le massacre de paysans et sur la purification de l'Arganne, bien que crédible à première vue, semble être davantage fruit de la propagande de Léotaut 1er que réalité. Néanmoins, on ne peut savoir ce que le Sultan aurait fait de la populace advenant une victoire de sa part.

II) Le Prince Nakkan Ossan, principalement par la bouche de son émissaire Jazzaar Hezaam Al-Maqad, a toujours prétendu qu'il désirait «libérer la population de l'Arganne de l'oppression des forces monarchiques». Il semble qu'il ait réussi à convaincre une bonne partie de la populace et des mercenaires présents en Arganne de ces intentions. Le message de «libération de la monarchie» a fait en sorte que la plupart des guildes paysannes, libertaires et marchandes se sont jointes aux côtés de Gorghor lors de l'invasion de l'Arganne. Presque seulement les guildes faisant partie de la noblesse et les ordres religieux ont supporté la défense de Pamoisard. Que les objectifs du Sultan aient été sincères ou non est un sujet débattu en d'autres endroits, mais il demeure évident que l'Arganne a une valeur commerciale importante, ce qui n'aurait pu échapper au Sultan, même s'il se révélait sincère dans ses intentions de libération de la populace.

Commentaires au texte de Mycarion par le Moine Hyronimus

her confrère Mycarion,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre palpitant récit sur la Grande Bataille d'Arganne de l'an 1000. Je tiens d'entré de jeu à vous dire combien certain passages m'ont ému, en particulier celui ou vous décrivez l'atrocité des chaudrons d'huile... Une arme si cruelle que même mon maître en a banni l'utilisation... J'ai vu de mes compagnons se tordre de douleur alors que l'huile bouillante, comme vous le décrivez si bien, s'insinue à travers une cotte de mailles et brûle la chair en la fusionnant avec les anneaux de l'armure... Terrible souffrance pour le vaillant guerrier... Même les sabliers de guérison ne sont que remèdes temporaires...

Je tiens à vous offrir quelques précisions dans l'optique ou votre texte a pour but de rendre les évènement sous une lumière la plus juste et objective possible.

1. Il est faux de prétendre que la Horde de Gorghor Baey se soit livrée à des pillages, viols et meurtres gratuits en Arganne. Soit, c'est habituellement un de nos privilèges, et l'erreur est compréhensible vu notre réputation, mais je vous assure que dans le cas d'Arganne, ce ne fut pas le cas. Notre employeur, le Prince Nakkan Ossan ne voulait pas hériter d'une Arganne à feu et à sang, amoindrie au point de ne plus pouvoir représenter le potentiel économique qui était la motivation première de sa capture. Le Prince Nakkan Ossan ne voulait pas non plus faire son entré en Arganne devant un peuple qui le haïrait d'emblée. Aussi, notre employeur avait fait ajouter une clause dans le contrat avec les mercenaires de la Horde qui stipulait très clairement
l'interdiction stricte et intégrale de se livrer au pillage, viol et violence gratuite. Nous avons un bon nombre de défauts dans la Horde, mais notre ultime qualité est le respect de nos engagements. Donc, pour la première fois depuis que je suis au service de mon maître, la Horde ne s'est pas livrer au droit de cuissage, ni aux rapines, ni aucunes de nos activités de campagne habituelles... À la grande déception de bien de nos vétérans d'ailleurs...

2. La prise de Pamoise était certes un objectif stratégique, mais n'importe quel trésorier de l'Empire vous dira que c'était d'abord on objectif économique: Nakkan Ossan voulait briser le monopole du commerce avec les pays des sables du Roi Léotaut. Si le Prince Nakkan Ossan voulait ouvrir TOUS les marchés avec l'ouest, il se devait de briser ce monopole et cesser d'être constamment redevable au roi d'Arganne.

3. Oui, la nouvelle de l'arrivée de la Horde de Gorghor Baey aux frontières d'Arganne a initialement semé un vent de panique dans la population locale. Un exode partiel de certains bourgeois, riche marchands et fonctionnaires du Roi Léotaut s'est fait vers le royaume voisin d'Andore. MAIS, il est faux de prétendre que les paysans se sont mis sous la protection de l'armée dirigée par Castenza. Les paysans avaient rien à perdre et tout à gagner dans la chute de leur royauté qui les taxe trois fois plus que dans tout l'Empire et royaumes avoisinants! Ceux qui ont fuit sont ceux qui avaient quelque chose à perdre, des privilèges à préserver, des fortunes à mettre à l'abris... Non vraiment Mycarion, le petit peuple, les gens modestes se sont rangés avec l'armée du Prince Nakkan Ossan. Tous les groupes de la basse-ville ont été ignorés des négociateurs de Castenza, de Brabancourt... Tous les groupes de la basse-ville se sont joint à la révolte populaire mené par le respecté moine Lydoch, aumônier des petites gens... Les paysans ont été regroupé en milices par Mâlo, représentant de la guilde des agriculteurs. D'ailleurs, lorsque les émissaires de Gorghor Baey ont demandé à Mâlo ce qu'il souhaitait, celui-ci aurait répondu avec grande dignité:

 

Voyant son peuple dispersé par un ennemi si farouche, le roi d’Argane, Léotaut 1er, envoya des émissaires dans chaque province voisine afin d’obtenir leur soutien. Craignant que cette marche guerrière ne déborde sur leur territoire, les dirigeants voisins l’appuyèrent. Ainsi put être amassé un butin assez lourd pour convaincre le général Armand McAllister, de Castenza, d’empêcher la progression de Gorghor Baey par une défense soutenue de la place-forte.

Pamoise. Robuste et fière Pamoise. Dont le nom impose à lui seul le respect. Qui inspire à ceux qui en sont les maîtres la confiance et la force de la défendre, mais qui inspire également à ceux qui la contemple, convoitise et envie.

Se dressant seule au milieu de la plaine, ses hauts remparts de bois freinent la course du vent. Noble Pamoise, sois forte ! De gris nuages annoncent un trouble proche. Sur toi repose la paix du territoire que tu domines. Car de ta chute, que beaucoup appréhendent, s’amorcera une ère sombre dominée par le chaos. Fais silence et entends la supplication de la terre. Vois comme la sueur des paysans a engendré le blé. Nul ne peut empêcher le sang de s’y répandre mais toi seule peut prévenir le profanateur d’y vomir dessus. Sois forte Pamoise et résistes, car bientôt, à ta porte, frappera l’ennemi. C’est sous tes remparts que tout se jouera.

C’est sous tes remparts que tout s’est joué... 

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Le convoi s’ébranla avec bruit. De toutes parts, les directives fusaient. Les guerriers, fébriles et nerveux à l’idée de l’affrontement prochain, montraient des signes d’agitation. Ayant la charge d’atteindre le fort avec six charrettes contenant de l’huile, des flèches et des sabliers, de leur réussite dépendait l’approvisionnement de Pamoise. Leur échec donnerait aux armées de Gorghor de nouvelles armes et grandirait leur confiance, déjà gonflée tant le nombre de leurs soldats dépassaient celui des alliés de Castenza. Les forces de Gorghor dépassaient du double celles alignées par le général McAllister. Les guerriers étaient nerveux car ils connaissaient ce fait. Mais ils avaient foi en leur chef et tous marchèrent derrière lui.

Une fois la Haute-Ville passée, une rumeur se fit entendre. Sur le sommet élevé de la rive opposée, séparée par le fleuve, se dressait un fort contingent d’hommes en armes appartenant à l’armée de Gorghor Baey, qui les invitaient au combat. L’ordre de continuer la marche fut lancé aussitôt. Le convoi progressa sur sa lancée tout en ignorant l’invitation. Mais la tension monta d’un cran car, pour la première fois, les soldats des deux camps voyaient la face de leur ennemi. Pamoise était maintenant à vue. Sur la route principale, un mur de fantassins aux lourdes armures et aux armes affûtées s’opposait à la progression du cortège. Pour atteindre le fort, il fallait affronter l’ennemi de front ou le contourner. Craignant peut-être que leur nombre ne pourrait résister à un affrontement direct, le général fit engager ses hommes dans un défilé étroit et sinueux, bordé d’une dense végétation. C’est dès lors que le piège se referma sur eux.

Sitôt entré dans le défilé, l’infanterie légère de Gorghor Baey se déploya afin de prendre le convoi par derrière, bloquant ainsi toute possibilité de fuite. L’armée du général s’était engagée et ne pouvait désormais plus reculer. Des flancs escarpés, situés aux pieds du fort sous le couvert de la végétation, apparurent des vagues successives de flèches qui frappèrent les hommes de Castenza et en clouèrent plusieurs au sol. Mais le convoi poursuivait sa route.

Puis ce fut le choc.

 

"Cette forteresse... Ce n'est pas le Roi qui l'a bâti... Ce n'est pas Castenza qui l'a construit... C'est les paysans et les serfs voué aux travaux forcés! Ceux qui n'avaient pas les moyens de payer les lourdes taxes en bétail ou récolte, ont du payer en sueur et en sang... Cette sueur et ce sang est le mortier de chaque pierre qui forme les murailles de Pamoise... Cette forteresse... Ce n'est pas Nakkan Ossan qui va la prendre... Ce n'est pas Gorghor Baey qui va la détruire... Nous, paysans avons pris les pierres des champs pour élever les murs de notre esclavage... Nous paysans, allons redonner les pierres aux champs... Nous voulons être sapeurs!"

Aussi, comme vous l'avez constaté, nous étions en plus grand nombre que nos adversaire (bien que nous n'étions pas le double comme vous l'avez estimé, mais plutôt un rapport d'environ 800 contre 500...). C'est donc dire que l'opinion populaire nous avantageais, puisque des deux côtés des sommes colossales équivalentes ont été versées afin de financer le recrutement des deux armées. Et si vous avez analyser le contenu des deux armées, vous avez peut-être remarqué une tendance:

ARMÉE DU PRINCE NAKKAN OSSAN:

La majorité de l'infanterie légère (peu ou pas d'armure, faible armement) était du côté de Nakkan Ossan.

L'ARMÉE DU ROI LÉOTAUT:

La majorité de l'infanterie lourde (armure de plaques, hallebardes, etc.) était du côté du Roi Léotaut. Donc les soldats fortunés, les nobles, les aristocrates, etc. On remarquera avec un certain étonnement un regroupement de toutes les guildes de fanatiques religieux dans un mariage aussi invraisemblable qu'incestueux. Mais il est vrai que le propre de bien des religions est de garder le peuple dans l'ignorance, la servitude et la soumission.

 

Voilà, maintenant vous comprendrez ma déception quand je constate dans votre récit, une tendance à montrer l'armée du Prince Nakkan Ossan dirigée par Gorghor Baey comme "les méchants, les sanguinaires, les cruels" alors que l'armée du Roi Léotaut dirigée par Castenza est souvent décrite comme "les bons, les nobles, les vaillants défenseurs de l'oppression"...

J'espère que la sagesse ainsi que votre expérience personnelle de ce conflit meurtrier vous démontreras que dans une guerre, il n'y a pas de bons ou de méchants. Ces notions ne sont qu' inéquitables jugements de valeurs. Dans une guerre, il y a seulement deux côtés qui ne veulent pas la même chose et qui se confrontent. Dans une guerre il y a des morts et des héros, des actes de bravoure de part et d'autres, il y a beaucoup de sang versé, beaucoup trop d'amis et de compagnons perdus à jamais...

Alors, de grâce, au nom de la postérité, de la nécessité d'avoir une chronique la plus objective possible, n'insultez pas mes amis et compagnons morts au combat en les décrivant comme des "méchants" ou des "cruels" pour les générations futures, ils n'étaient que des soldats, tout comme leurs adversaires, pas plus, pas moins...

Bien à vous, ami lettré,

Le moine Hyronimus, scribe de Gorghor Baey, chroniqueur de la Horde

ANNOTATIONS DU GRAND ARCHIVISTE ROYAL

Ce texte est un apport intéressant en précisions au récit plus connu de l'invasion de l'Arganne composé par le scribe-voyageur Mycarion. Il porte le regard des forces engagées par le Sultan Nakkan Ossan sur le conflit. À ce sujet, le propos rapporté de Mâlo, chef des paysans, est fort touchant. Cependant, ce texte supporte une compréhension quelque peu naïve (involontaire ou intentionnelle) des intentions du Prince Nakkan Ossan, qui n'investit probablement pas des milliers de solars dans cette campagne par unique bonté d'âme. De rechercher l'amitié du peuple et de se présenter en sauveur était une stratégie fort habile pour faire se soulever la populace contre son ennemi, mais l'histoire ne dit pas comment le Sultan se serait conduit envers celle-ci advenant une victoire.

I) Comme il a été précisé dans les annotations au texte de Mycarion, la Horde ne s'est pas attaquée à la populace lors de ces événements. Il est aussi vrai que les paysans, menés par Mâlo, se sont insurgés contre leurs seigneurs.

II) La description de la composition des forces armées des deux camps, quoiqu'emplie de préjugés anti-monarchiques et anti-religieux, est assez exacte.

III) Même s'ils ont peut-être défendu une cause apparemment noble en cette occasion, les hommes de Gorghor Baey sont de cruels sanguinaires qui se sont livrés au pillage et au meurtre en nombreuses autres occasions. Il demeure que ce récit de leur scribe est apparemment assez rigoureux.

Présentation du Pays des Sables par Jazzaar Hezaam Al-Maqad

e Pays des Sables

On raconte qu'à l'Origine du Monde, le Créateur avait renfermé une part de sa Sagesse dans un Magnifique Diamant. Chacune des facettes de ce Diamant reflétait une vision de Ce qui est, et il l'avait été légué aux Princes du Monde pour les aider à gouverner les hommes avec lucidité. Ce Trésor attirait la convoitise, car on racontait qu'à l'intérieur de celui-ci étaient aussi renfermés Ce qui a été et Ce qui sera. Un magicien avide de la puissance que lui emmènerait la connaissance de Ce qui sera utilisa un souhait de Génie pour obtenir le Diamant. Comme deuxième souhait, le magicien demanda au Génie à ce qu'il puisse voir ce qui était à l'intérieur de la Pierre. Le malheureux se retrouvit prisonnier dans le coeur de celle-ci. Avisé de la leçon que le Génie venait de lui servir, il prit le temps de bien réfléchir à la formulation de son troisième souhait. Il souhaita d'être placé à un endroit à l'extérieur de la Pierre duquel il pourrait voir chacune des facettes du Diamant. Le Diamant vola alors en milliers d'éclats de la taille d'un grain de sable; et tant le Diamant était grand et empli de Sagesse, autant de grains de sable se répandirent sur la contrée et formèrent le Pays des Sables. Ainsi, on raconte en ce Pays que chaque grain du désert contient une partie de Ce qui est, Ce qui a été et Ce qui sera.

a Politique au Pays des Sables

Aujourd'hui, le Pays des Sables est gouverné par le Très Magnificient Prince Nakkan Ossan. Sa capitale est la cité de Jabba Hal la Magnifique. L'Infiniment Sage Nakkan Ossan administre la Justice et les affaires du Royaume avec l'aide de ses conseillers, les Émirs. Pour bien comprendre le Pays des Sables, il est essentiel de comprendre comment l'on choisit son dirigeant, le Sultan:

Les armées du Pays des Sables recueillent les enfants abandonnés par l'ennemi et les entraînent pour faire partie des Janissaires, l'élite des armées du Sultan. Les Janissaires, qui sont donc constitués exclusivement d'anciens ennemis, ont un grand pouvoir politique à Jabba Hal. C'est parmi eux que l'on sélectionne le Sultan, en se basant sur les compétences, exploits et la valeur de celui-ci.

La loi de Jabba Hal stipule que les enfants d'un ancien ennemi sont des hommes libres. Puisque seuls d'anciens ennemis peuvent faire partie des Janissaires, les enfants de ceux-ci ne peuvent occuper une fonction politique; conséquemment, le fils du Sultan ne peut être Sultan. Ainsi, il n'y a pas de monarchie héréditaire dans le Pays des Sables; le pouvoir s'acquiert par la preuve du courage, de l'habileté et de la valeur d'un homme.

De plus, la structure du pouvoir de La Cité des Sables réplique toute la façon de concevoir le monde de ses habitants; en prenant les abandonnés et les rejetés de l'ennemi pour en faire ses propres chefs, les Hommes des Sables appliquent un principe de Justice inconcevable dans les Terres du Centre; prendre les faibles de l'ennemi pour en faire des forts de son côté. Voilà toute la sagesse du Pays des Sables.

Le Très Sérinissime Prince Nakkan Ossan de Jabba Hal

 

 

 

Le Très Avisé Prince en compagnie de ses conseillers
 

olérance et prospérité

Une des caractéristiques saillantes du Pays des Sables est la Tolérance. Toutes les religions et toutes les races sont tolérées dans le Pays des Sables. Chacune des religions est libre de pratiquer sa docte, et les membres de toutes religions peuvent pratiquer la profession qu'ils désirent. Le Pays des Sables a grandement profité de l'ouverture au monde dont il fait preuve. Jabba Hal accueille de nombreux marchands et aventuriers de par le monde et foisonne de trésors et de merveilles. Le commerce a fait du Pays des Sables une nation riche et prospère. Les biens provenant de l'orient transigent par Jabba Hal avant de se rendre aux Terres du Centre par la voie maritime des Deux Îles ou celle de l'Hippocampe. Les navires en provenance du Pays des Sables emmènent ainsi au tracé commercial de Polignac, qui traverse l'Empire, les précieuses denrées provenant de l'est: la soie, la porcelaine, le thé, le papier de chiffon, mais aussi l'ivoire, la poudre d'or, les épices, les perles et les pierres précieuses.

es arts et la science

Dans ce domaine comme dans bien d'autres, le Pays des Sables a été servi par sa tolérance. De partout dans le monde les savants et érudits ont fuit l'intolérance et l'intégrisme pour venir se réfugier à Jabba Hal. Avec pour conséquence que La Magnifique possède une des plus grandes bibliothèques du monde connu (avec 400,000 volumes, elle serait plus grande que celle de Gar III, à ce qu'on dit), et de nombreuses universités, écoles, et bibliothèques. C'est à Jabba Hal qu'on été conservés de nombreux documents qui ont étés détruits ailleurs par le monde lors de la Grande Noirceur et des abus de l'Inquisition. C'est là aussi que les érudits peuvent penser et développer leurs théories sans crainte pour leur vie lorsqu'ils constatent que la réalité est en dehors du credo de dogmes arrivistes. Ainsi, C'est à Jabba Hal que les progrès voit le jour dans bien des sciences comme la mathématique, la géographie et la médecine. C'est aussi là que résident ou ont résidé quelques-uns des plus illustres savants contemporains, comme Alhazen (Opticae Thesaurus), Rhazès ou Al Khwarizmi. L'artisanat est lui aussi florissant au Pays des Sables. La qualité et la finesse du cuir travaillé, des étoffes ainsi que l'orfèvrerie (particulièrement le cuivre) Jabba Halliennes sont reconnues à travers le monde de Bicolline. Sans en oublier l'architecture, qui a produit plusieurs chefs-d'oeuvre; voûtes, coupoles, mosaïques remarquables, toutes suivant des principes de géométrie élaborés.

Le Palais de Son Éminence Royale le Prince Nakkan Ossan

Le Très Éclairé Prince administrant la justice

'Émir Jazzaar Hezaam Al-Maqad

Né dans les Terres du Centre, il a vu, à l'âge de cinq ans, sa famille l'abandonner et s'enfuir devant les soldats du Tout-Puissant Prince Nakkan Ossan de Jabba Hal. La coutume des Hommes des Sables voulant que l'on recueille les enfants capturés pour en faire des soldats, il eu l'Honneur et la Chance de devenir un membre de l'élite de l'armée du Suprémassime Sultan, les Janissaires. Il appris dans ce corps militaire le combat, mais aussi la puissance de l'esprit et de la diplomatie.

Simple soldat, il fut envoyé dans la province frontalière de Kazarun, dont les frontières étaient apparemment menacés par le pays voisin. Une fois sur place, il se rendit compte que le seigneur local avait inventé cette menace; il utilisait ce prétexte pour rassembler quelques minables seigneurs extrémistes intrigant pour renverser le Bienveillant Prince à leur profit. Ils y levaient une pitoyable armée rebelle, tandis que les contrées voisines craignaient davantage de savoir cette puissance à leurs portes qu'elles étaient menaçantes pour le Royaume. Conscient du subterfuge, Jazzaar Hezaam Al-Maqad trancha la tête des dirigeants du mouvement rebelle et livra le reste des forces renégates, dorénavant dépourvues d'État-major, aux mains des forces ennemies - en révélant à ces dernières les positions de l'armée traître...

Il revint ainsi seul chevauchant à Jabba Hal la Magnifique, emmenant au Glorieux Sultan les têtes des seigneurs renégats comme gage de la fin des conflits avec le Kazarun. Le Bénévolent Prince Nakkan Ossan rempli de Sagesse remarqua Jazzaar Hezaam Al-Maqad et le nomma Émir, l'intégrant parmi ses conseillers personnels.

a campagne de Libération de l'Arganne

Aujourd'hui, l'Émir Jazzaar Hezaam Al-Maqad se voit conféré le rôle d'Ambassadeur de Jabba Hal et de représentant du Transcendant Prince Nakkan Ossan dans la campagne de Libération de l'Arganne. Le Bienfaisant Prince Nakkan Ossan ayant vu les troupes menées par Viakta défendre la liberté et se faire anéantir par les forces tyranniques des seigneurs impérialistes, Sa Majesté a décidé de s'implanter dans les Terres du Centre afin de partager la Richesse provenant de la Liberté et de la Tolérance, qui sont des vertus acquises dans le Pays des Sables. Il a choisi le domaine d'Arganne par proximité géographique, mais surtout pour le prendre en exemple, puisque les impôts y sont trois fois plus élevés que même dans les régimes monarchiques environnants. Le Grandissime Prince compte offrir à cette contrée la liberté de l'oppression totalitaire, mais aussi la prospérité économique par les possibilités de commerce sans équivalent de Jabba Hal, ainsi que la prospérité culturelle par l'échange de la science et des bonnes grâces entre l'Arganne et la Cité Magnifique.

Sa Splendide Majesté souligne aussi qu'aucun mal ni tord ne sera fait au bon peuple de l'Arganne, et que ses armées ne combattront que ceux qui lèveront les armes contre elles. Le Salvetier Prince Nakkan Ossan compte emmener liberté et prospérité au peuple d'Arganne, et il a pris les moyens d'une victoire rapide et décisive pour éviter de lui causer des tords. L'Exalté Prince compte d'ailleurs sur l'enthousiasme des peuples libérés, qui sont invités à prendre les armes contre leurs oppresseurs. Il est arrivé maintes fois par le passé que les troupes de Jabba Hal aient été accueillies à bras ouverts par les peuplades qu'ils venaient libérer, et que ces populaces combattent du côté des armées du Sultan contre les monarques qui auraient dû être leurs protecteurs. Car cela représente l'esprit même du Pays des Sables; prendre les faibles et les opprimés et en faire des Forts.

Et à ceux qui ne combattent pas pour leur liberté ni pour aucune cause que la leur, il rappelle qu'il a versé 12,000 solars à la Horde de Gorghor Baey afin que ce dernier assemble une force capable de réaliser les intentions vertueuses sa Généreuse Magnificience.

Pour envoyer une missive à l'Émir Jazzaar Hezaam Al-Maqad

Note «Hors-Jeu»

La plupart des faits rapportés ici pour décrire Jabba Hal et le Pays des Sables ont été inspirés de l'histoire réelle des pays arabes et de la culture musulmane au moyen-âge. Par exemple, le régime politique (bien que simplifié), la tolérance des religions, les échanges commerciaux, la conservation de la science de l'antiquité et les développements scientifiques mentionnés sont tous «historiquement corrects». L'art utilisé sur cette page est aussi authentique; pour en connaître davantage sur la culture islamique médiévale, vous pouvez visiter les liens suivants:

ANNOTATIONS DU GRAND ARCHIVISTE

La procédure pour les annotations de ce document exceptionnel sera effectuée en deux plans pour préserver l'intégrité du pamphlet et éviter d'en défigurer l'apparence. L'importance des annotations à effectuer à ce pamphlet justifie aussi cette mise en page. Le document en question se situe en annexe dans la moitié inférieure de cette page. Nous conseillons au lecteur de lire chacune des sections du texte et d'ensuite lire les annotations pour cette section (qui sont divisées de la même manière que le texte). Il est aussi possible au lecteur avisé de consulter le document dans son intégralité.

Origine du document

Bien qu'il prétende que ce soit le Sultan lui-même qui ait composé ce texte, il est presque certain que ce soit son ambassadeur, Jazzaar Hezaam Al-Maqad, qui l'ait préparé pour les fins de la campagne d'invasion de l'Arganne. Véritable et exemplaire texte de propagande, il demeure un des meilleurs documents pour nous instruire sur le Pays des Sables et ses coutumes, bien que nombre des renseignements qu'on y trouvent doivent être nuancés de façon majeure. Suivent les annotations proprement dites; elles sont classifiées selon les différentes sections du texte:

 

La couronne du Merveilleux Prince de Jabba Hal

L'orfèvrerie Jabba Hallienne

Les musiciennes du Harem

Bien que ces moeurs nous apparaissent étranges, les renseignements sur les Janissaires et leur origine sont apparemment véridiques (capture des enfants ennemis, création d'une élite militaire dans laquelle on sélectionne le Sultan). Cependant, il semble que le système politique ne soit pas aussi «pur» que l'on veuille nous le présenter. Il y a des exemples connus de Sultans qui ont nommé leurs fils au trône, et on relève dans l'histoire du pays un nombre impressionnant d'intrigues, de complots et d'assassinats de monarques. La métaphore voulant que l'on prenne les «faibles» des ennemis pour en faire des «forts» de son côté est habile, et même si elle n'est qu'une interprétation idéalisée d'une coutume locale, elle révèle toutefois une certaine sagesse des contrées de l'Orient.

III) Tolérance et Prospérité:

Il est vrai que le Pays des Sables est un pays de grande liberté pour ceux qui ont les moyens de se l'offrir. Une réalité essentielle du Pays de Sables qui est (sans aucun doute volontairement) omise dans ce texte est que l'esclavagisme y est pratiqué à large échelle. Ainsi, la liberté en ces contrées ne s'applique qu'aux «hommes libres». Les hommes libres du pays défendront que tous les hommes sont des serviteurs de Dieu (eux y compris), et que les esclaves bien traités sont heureux de leur sort. Il demeure que l'esclavagisme n'est pas toléré dans la plupart des Pays du Centre (bien qu'il existe une classe paysanne dont la condition ressemble parfois à celle des esclaves). De plus, les races non-humaines ne sont que «tolérées» dans les grandes villes du Pays, pour autant que ses représentants soient fortunés. Dans d'autres situations, les non-humains sont plutôt vendus comme créatures d'amusement de luxe. Encore une fois, on voit que l'argent permet d'acheter la liberté. Hors de cette triste réalité, il est vrai qu'il existe une certaine forme de tolérance dans le Pays. Chacun est libre de pratiquer sa religion. Les ports du Pays et sa capitale sont extrêmement prospères et attirent les marchands et aventuriers de toutes cultures de par le monde. On dit que l'on peut tout trouver au port de Sombrahl. Et tout le monde y est bienvenu, pour autant qu'il a de l'argent à dépenser.

IV) Les arts et la science

Le passage sur les arts et la science est assez exact. Les hommes sont libres de penser comme ils le désirent sans craindre d'enfreindre le credo de la religion. La seule chose contre laquelle on ne peut parler dans le Pays des Sables est la personne du Sultan. Bien des hommes de science persécutés dans d'autres nations pour leurs affirmations s'y sont réfugiés. De plus, la connaissance suit les chemins empruntés par le commerce et profite des nombreux échanges entre le Pays des Sables et les contrées du monde entier. Les mathématiques appliquées et la médecine sont parmi les domaines où les savants Jabba Halliens excellent.

V) L'Émir Jazzaar Hezaam Al-Maqad

Il est difficile de juger de la véracité de la biographie que Jazzaar Hezaam Al-Maqad dresse à son propre sujet. La plupart des éléments qui y sont rapportés sont plausibles, mais on ne peut savoir s'ils sont véridiques. La tradition de la capture des enfants ennemis est réelle, et ces événements sont crédibles étant donné le teint de Jazzaar (peau et cheveux pâles), qui n'est visiblement pas né au Pays des Sables - bien qu'il en soit un citoyen exemplaire. De plus, le conflit rapporté avec le Kazarun et l'élimination brusque des armées du Pays des Sables sont des faits recensés, mais le rôle de Jazzaar dans le déroulement de ces événements ne peut être authentifié. Néanmoins, Jazzaar a été nommé conseiller du Sultan lors de son retour de cette campagne.

 

 

En fait, tout le récit de la vie de Jazzaar en fait une figure emblématique représentative de tout ce qu'il a tenté de défendre dans son argumentation pour l'avenue du Sultan en Arganne. Par exemple, c'était un abandonnés de l'ennemi (enfant) qui a été transformé en fort dans le Pays des Sables (il est devenu ministre (Émir)). Que sa biographie soit véridique ou en grande partie «convenue», elle en faisait le représentant (un peu trop) idéal pour la campagne d'Arganne.

VI) La campagne de Libération de l'Arganne

Toute l'argumentation quant aux motivations du Sultan dans l'invasion de l'Arganne est très subjective. N'importe quel conquérant défendra qu'il apportera lumière et prospérité pour justifier son expansion, mais peu le feront avec autant de fioriture. Il est probable que le Sultan se soit moins soucié de la qualité de vie des citoyens de l'Arganne que des avantages commerciaux liés à l'élimination de l'intermédiaire coûteux que représentait Léotaut entre le Pays des Sables et l'Empire. Ainsi, même si dans la perception du Sultan la venue de son régime pouvait apparaître bénéfique pour la populace d'Arganne, il est plus raisonnable de croire qu'il a principalement agi par souci économique et commercial. Et bien que l'appel au soulèvement de la populace arganne semble avoir porté fruit, le sort qu'il aurait réservé à celle-ci advenant une victoire demeure inconnu de tous.

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Section mise à jour le 11 octobre 2008